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Mot du président

Oui, la Sécurité Sociale est plus moderne que jamais !

Gilles Canqueteau

La Sécurité Sociale est plébiscitée par les français. Malgré cela, elle subit bien des attaques. Ses détracteurs l'accusent de coûter trop cher, d'être en déficit constant. C'est pourtant un formidable instrument de cohésion sociale, qui participe à la création de richesses et permet de garantir à chacun des droits pour le protéger des accidents de la vie, tout au long de son existence.

Depuis 70 ans, la Sécu fait partie de notre vie. Elle en fait tellement partie, qu'elle nous semble parfois être une évidence. Pourtant, c'est loin d'être le cas ; la Sécu fait l'objet d'oppositions constantes depuis sa création, mais aussi de convoitises, pour les enjeux financiers qu'elle représente. Son devenir définira le monde dans lequel nous vivrons demain : société de partage et de solidarité ou société toujours plus inégalitaire.

Le discours dominant, celui qui nous est rabâché à longueur de journaux télévisés, est de considérer que la Sécurité sociale est une charge pour notre économie et que la France n'a plus les moyens de son modèle social. Bien des études montrent, à l'inverse, que les dépenses pour la santé ont un impact positif sur l'économie. Depuis sa création, la Sécu a contribué à un allongement extraordinaire de l'espérance de vie et réduit considérablement les inégalités.

La réussite technique et industrielle des entreprises historiques EDF et GDF n'était pas déconnectée de cette réalité. La protection sociale et les activités sociales dont bénéficient les salariés et les retraités de nos industries, ont contribué à cette réussite par le bien-être physique et moral qu'elles leur ont procuré. Plus généralement, si notre pays a mieux résisté à la crise que nombre de ses voisins, c'est grâce à son bon niveau de protection sociale.

Depuis la Libération et malgré les atteintes portées au système, réduisant son efficacité, il est certain que la Sécurité sociale a joué et continue de jouer un rôle positif pour la cohésion sociale. Elle a agi comme un véritable amortisseur aux crises successives.

Le retour aujourd'hui dans le paysage de la protection sociale, de solutions qui n'ont pas de caractère universel et solidaire est un danger permanent qui, si nous n'y prenons garde, pourrait nous ramener insidieusement à la situation d'avant 1940.

Oui, la Sécurité Sociale est plus moderne que jamais ! Sauf à réduire la notion de modernité à une simple question de calendrier... Un recul social au XXIe siècle serait-il préférable à une avancée sociale du XXe siècle ?

Les appétits financiers ne sont jamais rassasiés. Ils sont même plus vifs que jamais, aiguisés par l'abandon progressif des principes de démocratie sociale qui avaient présidé à la création de la Sécu :

  • autonomie vis-à-vis de l'Etat,
  • émancipation des salariés,
  • source de financement autonome.

Les ordonnances de 1967 qui ont imposé une gestion paritaire, puis le plan JUPPE en 1995, ont marqué les principaux reculs démocratiques, qui rendent aujourd'hui plus faciles les offensives contre notre protection sociale.

Certes, l'Histoire ne nous donne pas de recette. En revanche, elle nous montre que l'on peut agir sur la réalité, la changer. Ce qui a été possible dans un pays rendu exsangue par cinq années de guerre et de collaboration, ne le serait plus dans un pays qui n'a jamais produit autant de richesses ?

 

Notre Régime Spécial Maladie Maternité, la Camieg, par son mode de gouvernance et de financement, fait la démonstration de sa pertinence et de son efficacité.

Pour autant, il est menacé et les débats lors du conseil d'administration du 12 avril dernier l'ont largement démontré. La mission donnée à l'IGAS (Inspection Générale des Affaires Sociales) d'évaluer la précédente COG 2012-2015 (Convention d'Objectifs et de Gestion) comporte en effet plusieurs aspects très inquiétants : 

  • remise en cause des moyens alloués à la Camieg,
  • avenir de notre politique de prévention et d'éducation à la santé,
  • existence des antennes locales et des vacations de proximité.

Mais si tout ce qui a été construit et stabilisé depuis 2007 est à défendre, il reste aussi bien des choses à conquérir : 

  • les moyens pour le Régime d'assurer complètement ses missions,
  • une véritable solidarité financière entre actifs et inactifs,
  • un fonds d'action sanitaire et sociale,
  • une véritable égalité de traitement entre la métropole et les pays d'outre-mer.

Malgré toutes ces incertitudes, j'ai confiance en l'avenir de notre Caisse, pour trois raisons principales. La première, c'est le dialogue constructif qui s'est établi entre les délégations syndicales, qui ont affirmé très majoritairement leur attachement à l'article 23 de notre Statut.

La seconde raison, c'est notre capacité à résister, à proposer et à construire, qui s'exprime depuis 2007, depuis l'acte de naissance de la Camieg. La troisième, enfin, c'est la confiance et la satisfaction envers leur Régime, exprimées par presque 90 % des électriciens et gaziers.

 

Mieux, au fil des ans, le Régime a démontré qu'une caisse de sécurité sociale pouvait être financièrement équilibrée et proposer une politique de santé innovante et ambitieuse.

C'est aussi cette opiniâtreté du conseil d'administration qui a permis de gagner successivement plusieurs améliorations de prestations, qui aujourd'hui représentent au total 23 M€.

Depuis le mois de janvier, nous avons multiplié les initiatives, provoqué des rencontres auprès du Ministère des affaires sociales et de la santé, auprès de la présidente de la commission des affaires sociales de l'Assemblée Nationale, afin d'obtenir des réponses concrètes, pour une meilleure réponse aux assurés, actifs et pensionnés.

 

C'est ensemble, par la mobilisation des électriciens et gaziers que nous y parviendront.

Certains nous opposeront que le monde a changé, que la régression sociale est inévitable, comme si elle était le fait d'évènements incontrôlables. Pourtant, ce sont bien des choix, la volonté des hommes ou leur inaction qui construisent l'Histoire sociale. Cela signifie que l'on peut changer les choses ; si on le décide.

 

Gilles Canqueteau, Président du Conseil d'administration

Juin 2016